L’AMI (Atelier-Musée de l’Imprimerie), visite du plus grand musée sur l’imprimerie en Europe.

par MCHAUVAUX le 28 mai 2019

« Dire adieu au papier aujourd’hui ce serait un peu comme si on avait décidé un beau jour de ne plus parler sous prétexte qu’on sait écrire ».

Jacques Derrida, philosophe français (1930-2004).

Découvrir, apprendre, comprendre

L’Atelier-Musée de l’Imprimerie (AMI) se situe à Malesherbes, à 70 km au sud de Paris, à proximité de la ville de Fontainebleau.

L’AMI a ouvert ses portes en septembre 2018 sous l’impulsion du couple d’imprimeurs et collectionneurs Chantal et Jean-Paul Maury ¹, en collaboration avec l’association Artegraf (un collectif d’artistes liés aux métiers du livre), et quelques collectivités territoriales soutenues par le ministère de la Culture. En effet, la Région mise sur ce projet comme un levier culturel et touristique.

5000 m2 d’exposition et 150 machines présentées.© photos a-mi.fr

Avec 5 000 m2 d’exposition et 150 machines présentées, l’AMI est actuellement le plus grand musée sur l’imprimerie en Europe, et le deuxième au monde après celui de Tokyo.

L’AMI, c’est aussi, comme son nom l’indique, un lieu où sont organisés des ateliers : fabrication de papier, atelier de marbrure, atelier de calligraphie, de composition typographique, de reliure, etc.

Atelier de fabrication de papier.

 

Atelier de calligraphie, à la plume métallique, à la plume d’oie ou au calame.

Outre sa collection impressionnante de machines, l’AMI se veut être un lieu vivant : le calendrier promet un tas d’expositions temporaires, de formations, de stages, de projections de films, de petits théâtres, rencontres, débats, conférences, salons, etc.

Silence, ça tourne !

La muséographie a eu pour souhait de mettre en lumière le monde de l’imprimerie, puissant vivier industriel, ainsi que son rôle majeur pour la diffusion de la connaissance et des idées.

Ici, point d’épaves poussiéreuses rangées dans la pénombre pour assouvir la curiosité de quelques badauds. Ici règnent les couleurs, les odeurs d’encre et de papier, le doux bruit de la mécanique, le brouhaha d’un groupe d’étudiants excités, les échanges verbaux de visiteurs impressionnés, le discours passionné et précis du guide.

L’AMI retrace de manière chronologique l’invention des techniques d’impression depuis la presse de Gutenberg jusqu’aux presses numériques actuelles. Le parcours du visiteur est ponctué d’étapes retraçant la naissance de l’écriture, l’histoire de la presse écrite au travers d’événements marquants : la guerre, la censure et la propagande, la télévision, les nouveaux médias et internet, l’ère du numérique, les crises économique et environnementale. On y retrace la création des polices de caractères, de DK-type à Helvetica jusqu’à Emigre ; on y comprend la nécessité urgente d’imprimer pour une diffusion effrénée de la connaissance ; on se teste en terminologie typographique ; on y explique l’élan artistique créé grâce à la lithographie, entre autres expériences.

Des arts et des métiers

Gutenberg ou la révolution mondiale.

La première curiosité de la visite est une reconstitution de la presse de Johannes Gensfleisch zur Laden, dit Gutenberg (1400-1468), l’homme qui a inventé, suppose-t-on, la recette de l’imprimerie moderne : une presse, du papier, de l’encre et des caractères mobiles en métal. L’orfèvre de formation avait déjà pour objectif d’automatiser la reproduction de documents écrits. Avec sa célèbre bible à 42 lignes, l’aventure commençait vraiment.

 

Reconstitution de la presse de Gutenberg.

Les nouveaux métiers.

Vint donc la composition manuelle et apparut le métier de compositeur (plus tard appelé « typographe »). Le maître devait « lever les caractères » (la « composition »), justifier parfaitement les lignes (la « justification »), mais aussi mettre en valeur le texte tout en respectant les règles typographiques, intégrer les illustrations, vérifier l’orthographe, et finalement gérer le rangement méticuleux des caractères dans les casses d’origine (la « distribution »).

Davantage d’automatisation.

La détermination des industriels lancés dans la course à la vitesse est fascinante. Entre 1820 et 1925, plus de 300 brevets sont déposés quant à l’élaboration d’un système de composition mécanique. Il s’agit de machines de type piano, avec un clavier de commande de sélection des caractères. Dès 1890, Linotypes et Monotypes, ancêtres de la photocomposition, s’imposent dans tous les ateliers.

Les débuts de la photocomposition moderne : la Lumitype 550, inventée par René Higonnet et Louis Moyroud en 1944.

Production de masse.

Au XIXe siècle, les formes de supports se multiplient : les chroniques, les feuilletons, les journaux, les magazines, les affiches, entre autres. Il faut imprimer plus, plus rapidement et moins cher. Toutes les bonnes idées sont les bienvenues quand elles accélèrent le rythme.

L’invention du principe de l’impression offset (principe du transfert), en 1904, bouleverse le métier et fait entrer l’imprimerie dans l’ère industrielle. La multiplication des groupes d’impression sur les presses finit de conjuguer vitesse et possibilités avancées d’impression, couleurs et finitions, jusqu’aux étapes
de façonnage automatique (pliage, assemblage, emballage, etc.).²

 

Presse Roto-Bijou (Marinoni), offset à feuilles.

La Formule 1 des presses.

Dès 1830, on voit apparaître nombre de constructeurs de machines à imprimer qui deviendront de grands noms tels que Kœnig und Bauer, Mielhe, Heidelberg.

C’est l’inventeur américain William Bullock (1813-1867) qui eut l’idée de remplacer les feuilles de papier par des bobines, point de départ de la presse rotative. On imprime désormais plus vite³, en plus grand, et en plus grande quantité.

Presse rotative Vogtländische Maschinen avec un dérouleur de papier en bobine et un groupe d’impression recto verso à l’aide de clichés cintrés en plomb («coquilles»).

La dernière révolution.

Cent ans après la révolution industrielle de l’offset, l’informatisation et l’apparition du numérique furent le deuxième grand tournant technologique. La chaîne graphique est désormais simplifiée et démocratisée. Les outils sont différents, le contexte reste le même : la diffusion de la connaissance et des idées.

L’histoire de l’imprimerie est incomplète sans la bande dessinée.

 

La « graphosphère » : parfois à notre insu, notre univers est inondé de supports imprimés de toutes formes.

 

Bien plus qu’un musée, une expérience.

Ce qui attend le visiteur initié, c’est un musée vivant qui se veut créatif, dynamique et interactif – soit bien au-delà d’un simple objectif de conservation et de mémoire – qui illumine sous un jour nouveau les valeurs des métiers de l’imprimerie.

Ce qui attend le visiteur profane qui ne mesure pas l’importance de l’imprimé face à la dictature apparente du numérique, c’est une rencontre d’un monde à la fois visible et méconnu, qui a révolutionné notre société, un monde fascinant, qu’il peut découvrir sous ses différents aspects, mis en scène de la meilleure manière par l’AMI. Qui sait ? Peut-être la visite suscitera-t-elle des vocations.

¹ Le groupe Maury-Imprimeur établi à Malesherbes est un leader français dans l’impression offset de la presse magazine.
² La technique du pliage apparut avec la presse rotative à plieuse qu’imagina le constructeur français Hippolyte Auguste Marinoni (1823-1904).
³ En 1871, un journal comme le New York Herald Tribute est imprimé à une cadence de 18 000 exemplaires à l’heure.

Horaires, tarifs et autres infos : https://a-mi.fr

Ressources :
https://a-mi.fr/
http://artegrafeditions.blogspot.com/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Johannes_Gutenberg
– Film-documentaire réalisé par Jampolsky Marc : Gutenberg, l’aventure de l’imprimerie (DVD). Arte, 2017.

Etienne LENS

 

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