Motion designer, métier d’avenir ?

par Thierry H. le 15 juin 2016

Magicien de l’image et expert en typo, grand raconteur d’histoire et maître ès effets spéciaux, cameraman et preneur de son à ses heures. Le portrait du motion designer idéal a de quoi faire peur… ou envie. En décembre dernier, l’AMEF (service du Forem dédié à l’analyse du marché de l’emploi) terminait une petite étude sur ce métier multi-facette. Excellente occasion de faire le point sur celui-ci, alors que notre prochaine formation débutera en octobre prochain.

Entre graphiste et vidéaste, le motion designer essaie de trouver sa place sur un marché en croissance mais où la concurrence s’accroît (photo via unsplash.com)
Entre graphiste et vidéaste, le motion designer essaie de trouver sa place sur un marché en croissance mais où la concurrence s’accroît (photo via unsplash.com)


Des conclusions révolutionnaires ? Pas vraiment et ce n’est peut-être pas plus mal ! Lancer une formation ne se fait pas par hasard, même si cela comporte toujours une part d’inconnu. Au moment de créer la filière Motion design, le Cepegra avait déjà mené une démarche similaire avec Mediarte et des entreprises du secteur. Les résultats ont donc été comparables… avec quelques années de recul en plus.

Au rang des facteurs positifs, on trouvera une demande croissante et qui se diversifie (le motion design devient accessible pour des projets plus modestes, de nouveaux domaines d’application apparaissent, par exemple en visualisation de données, pour des contenus pédagogiques, pour les serious games, etc.) ainsi que la multiplication des canaux de diffusion (smartphones, tablettes et nouveaux supports encore à venir) ou l’apparition de contenus transmedia (récits qui se développent en passant d’un support à un autre).

Mais cette évolution possède sa face sombre. La pression sur les coûts est croissante et si la technologie permet de produire plus vite et mieux, réduire le temps consacré à la conception et aux aspects créatifs n’est pas toujours possible, à moins de sacrifier la qualité et l’originalité de l’œuvre.

La tentation est grande de recourir à des templates, des produits standards adaptés à la va-vite afin de réduire la facture. Cette tendance s’accompagne d’un risque de délocalisation vers des régions où la main-d‘œuvre est moins coûteuse.  Il ne resterait alors aux boîtes belges qu’à se spécialiser dans des segments de marchés à plus haute valeur ajoutée. Mais là, il n’y aurait pas de place pour tout le monde…

C’est d’autant plus gênant que, bien que la Belgique francophone bénéficie d’une image assez positive dans le secteur grâce à ses talents reconnus dans la BD, l’animation et la 3D, les professionnels se plaignent  d’une certaine fuite de cerveaux : les profils «senior» susceptibles d’encadrer les plus jeunes manquent à l’appel car ils sont souvent partis à l’étranger après avoir acquis une certaine expérience, attirés par de plus grands marchés ou des projets plus exaltants…

La démarche de l’AMEF en deux mots

2013. Au terme d’un projet international, l’AMEF publie une étude intitulée Métiers d’Avenir pour la Wallonie. Le titre accrocheur et la méthode mise en place retiennent l’attention et le Gouvernement wallon lui demande de poursuivre le travail en allant un peu plus loin. Objectif : analyser 30 (finalement, ce sera 80) métiers.

Janvier 2015. L’AMEF nous contacte pour savoir si nous serions intéressé par nous associer à leur démarche. Dans la liste des métiers proposés, seuls quelques-uns nous concernent, parfois indirectement. Nous marquons donc notre intérêt pour ceux-ci (et en ajoutons quelques autres). L’AMEF en retient un, le motion designer, et, très vite, la machine se met en route.

Quatre réunions plus tard, une brochette de professionnels venus de RTL, Dreamwall (animation 3D…), Digital Graphics (effets spéciaux et post production…), Mediarte (Fédération de l’audiovisuel) ainsi que quelques indépendants et représentants de l’AMEF et du Cepegra ont rendu leur rapport sur l’état du métier et sur son avenir dans les cinq ans qui viennent.

Le motion designer, polyvalent… mais spécialisé

Au niveau des compétences, le profil traditionnel demeure celui du bricoleur créatif mais celui-ci devra se spécialiser de plus en plus afin de trouver sa place dans une équipe qui fédère des talents multiples. Certaines compétences restent incontournables (et le resteront sans doute encore quelque temps) comme la maîtrise d’After Effects (même si l’utilisation d’outils de composition nodale – Nuke, Fusion – risque de se développer).

Créativité, sens de la veille, capacité d’autoformation et de travail en équipe sont, de l’avis des professionnels interrogés, les qualités indispensables du motion designer des prochaines années. Quant à son statut, il risque de rester lié à l’évolution du cadre légal encadrant les métiers de l’artisanat créatif. Difficile d’espérer davantage de contrats à durée indéterminée dans un domaine où les compétences nécessaires pour mener à bien un projet peuvent être très différentes de celles qu’exigera le suivant.

Le constat ne serait pas complet sans une rubrique « souhaits ». Sans les citer tous, on peut mettre l’accent sur une meilleure valorisation du secteur à l’étranger (les missions belges et wallonnes ne sont pas toujours conscientes du potentiels de nos entreprises créatives ou du poids du secteur dans son ensemble), davantage d’information pour les acteurs, de concertation entre ceux-ci (entreprises, pouvoirs publics, écoles, centres de formation), un meilleur accès à la formation pour les indépendants…

On retiendra aussi un besoin de former des professionnels à la fois polyvalents et capables de s’adapter sans cesse aux évolutions futures. Un trait sans doute commun à pas mal de métiers, mais peut-être encore plus marqué pour celui-ci.

Et si les compétences de base retenues ne sont pas très surprenantes (modélisation, animation 2D/3D, découpe et montage, etc.), on note aussi la très grande place accordée à des aspects moins spécifiques (codage, création de workflows), voire moins techniques (ouverture culturelle, relation client, gestion de projet, travail collaboratif, etc.). Bref, le motion designer idéal se doit d’être un surhomme… ou d’aimer vraiment le travail d’équipe.

Le dernier emploi sur Terre – The Guardian par Moth sur Vimeo. Une vision un peu plus pessimiste des métiers d’avenir, sous forme d’animation.

Notre prochaine formation en motion design débutera en octobre 2016. Des séances d’infos sont prévues les 28 juin et 5 septembre. Infos et inscriptions sur notre site.

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